mercredi 15 janvier 2014

Lettre d'un militant pour l'abolition de la prostitution à un porte-parole de la "manif pour tous".



Bonjour Jérôme Brunet,
Je vous écrit comme promis suite à votre conférence à Rodez, ce mardi 17 décembre 2013.
J'ai été très étonné et peiné par les arguments mobilisés par les opposants au "mariage pour tous" au cours de l'année écoulée. Votre intervention a relevé le défi que vous vous êtes donné en introduction: l'effort de l'intelligence, et aussi le souci du respect d'autrui. Ce faisant, vous faites apparaitre de manière plus saillante le danger que représente pour moi la croisade contre "le gender" (en français dans le texte) que les organisateurs de la "manif pour tous" semble vouloir mener à présent: la banalisation, voire le déni, des violences de genre.
Les violences de genre existent. On ne peut pas renvoyer hommes et femmes dos à dos dans ces affaires avec un "chacun porte sa part de responsabilité". La prostitution en particulier est une expression paroxystique des violence de genre. C'est une violence de genre car elle s'exprime de manière genrée: 80% des personnes prostituées sont des femmes, quasiment 100% des clients sont des hommes. Mais surtout parce qu'elle s'attaque symboliquement à toutes les femmes. Pour illustration, comment l'insulte "pute" salit toute femme qui en fait les frais. Paroxysme des violences de genre, parce qu'elles s'y retrouvent toutes d'une manière ou d'une autre, et surtout parce qu'on trouve dans toutes les autres formes de violence de genre les germes de la prostitution. En effet, harcèlements sexistes, inégalités des salaires et des carrières, violences conjugales, viols, etc. partagent avec la prostitution les mêmes causes, et sont des phénomènes qui se renforcent les uns les autres.