mercredi 15 janvier 2014

Lettre d'un militant pour l'abolition de la prostitution à un porte-parole de la "manif pour tous".



Bonjour Jérôme Brunet,
Je vous écrit comme promis suite à votre conférence à Rodez, ce mardi 17 décembre 2013.
J'ai été très étonné et peiné par les arguments mobilisés par les opposants au "mariage pour tous" au cours de l'année écoulée. Votre intervention a relevé le défi que vous vous êtes donné en introduction: l'effort de l'intelligence, et aussi le souci du respect d'autrui. Ce faisant, vous faites apparaitre de manière plus saillante le danger que représente pour moi la croisade contre "le gender" (en français dans le texte) que les organisateurs de la "manif pour tous" semble vouloir mener à présent: la banalisation, voire le déni, des violences de genre.
Les violences de genre existent. On ne peut pas renvoyer hommes et femmes dos à dos dans ces affaires avec un "chacun porte sa part de responsabilité". La prostitution en particulier est une expression paroxystique des violence de genre. C'est une violence de genre car elle s'exprime de manière genrée: 80% des personnes prostituées sont des femmes, quasiment 100% des clients sont des hommes. Mais surtout parce qu'elle s'attaque symboliquement à toutes les femmes. Pour illustration, comment l'insulte "pute" salit toute femme qui en fait les frais. Paroxysme des violences de genre, parce qu'elles s'y retrouvent toutes d'une manière ou d'une autre, et surtout parce qu'on trouve dans toutes les autres formes de violence de genre les germes de la prostitution. En effet, harcèlements sexistes, inégalités des salaires et des carrières, violences conjugales, viols, etc. partagent avec la prostitution les mêmes causes, et sont des phénomènes qui se renforcent les uns les autres.

 
Depuis plus de 10 ans, je suis engagé au Mouvement du Nid, "auprès des personnes prostituées, pour la disparition du système prostitueur". Cet engagement a été pour moi une démarche de foi: aller à la rencontre du Christ dans les personnes marginalisées de notre temps. Notre principale action est d'aller à la rencontre des personnes prostituées. Mais très tôt les fondateurs du Nid, dans le Père Talvas, ont considéré que la prostitution est contraire à la dignité humaine, qu'il fallait donc trouver les moyens de l'abolir concrètement. C'est pourquoi nous cherchons à comprendre les origines de la prostitution. Le premier niveau d'analyse est la description du système prostitueur. Avec le triangle Personne prostituée - Client - Proxénète, qui montre que l'argent est au centre du système; qui démonte le mythe selon lequel il pourrait y avoir une prostitution libre, car il y a toujours un proxénète dans la transaction; enfin qui interroge sur l'attitude de la société vis-à-vis de chacun des protagonistes de ce système. Le deuxième niveau d'analyse cherche alors à comprendre comment se triangle s'est mis en place et se perpétue. L'inégalité entre hommes et femmes dans le système prostitutionnel saute alors aux yeux. Les femmes sont majoritaires parmi les personnes prostituées. Les clients ne sont quasiment que des hommes. Nous avons mené des enquêtes sur les clients de la prostitution. Tous les hommes ne sont pas clients. De même que tous les hommes ne sont pas machos, violents, etc. Mais c'est parmi les hommes que l'on rencontre une proportion significative de clients qui génèrent l'organisation de la prostitution. Nous ne pensons pas que ce fait relève de la nature masculine. Ni d'ailleurs qu'il s'agirait de la nature féminine de consentir à des relations sexuelles quand un mâle l'exige, que cela soit contre rémunération ou dans le cadre du devoir conjugal. La plus belle et juste description d'une relation sexuelle est celle du Cantique des cantiques, entre deux êtres également désirant l'un de l'autre. Alors si cela ne relève pas de la nature, c'est que les racines de cette violence se trouve dans notre culture, dans nos mentalités. Les hommes se croient plus facilement autorisés à disposer du corps des femmes. Les femmes sont plus facilement convaincues qu'elles doivent faire plaisir et être au service des hommes. Ces mentalités peuvent changer.
Le mouvement du Nid mène depuis de longues années des actions de prévention des risques de la prostitution auprès des jeunes. La dimension de l'égalité entre femmes et hommes y est centrale. Je suis écœuré d'entendre que la cause des violences faites aux femmes seraient un prétexte pour la diffusion d'une prétendue "idéologie du genre". Je considère les quelques lignes du B.O. au programme de 1ère ES et L (ce qui n'est pas énorme pour autant) tout à fait ajustées.
Vous avez montré en introduction de votre conférence que la "théorie du genre" n'existe pas. Je  vous remercie de ne pas avoir participé à cette caricature. Vous donnez même en partie raison aux études de genre. Mais vous continuez à créez un moulin contre lequel batailler à travers "l'idéologie du genre". Certes le mouvement queer vous donne des bâtons pour le battre. Ne vous en servez pas pour éreinter tout le mouvement féministe du même coup. Le féminisme est traversé de multiples courants. De par mon engagement au Mouvement du Nid, je distingue aisément entre les féminismes abolitionnistes, dont je fais partie, et les féminismes pro-prostitution, dont fait partie le mouvement queer. Sur plusieurs points nous tombons, vous et moi, d'accord contre ces féminismes pro-prostitution: critique radicale de la pornographie, refus de la GPA... Mais les arguments que vous développez ne sont pas ajustés aux enjeux.
En vous écoutant, mardi dernier, vous m'avez fait comprendre quelle origine il peut y avoir entre nos différences de point de vue. Vous cherchez à "protéger nos enfants", depuis un engagement scolaire et une expérience familiale. Je suis profondément convaincu de votre sincérité, comme je connais la sincérité de mes proches engagés contre le "mariage pour tous". De mon côté, je souhaite une société libérée de la prostitution. En fin de compte, je cherche aussi à "protéger nos enfants". Les protéger de devenir victimes de réseaux proxénètes en premier lieu. Les protéger de devenir client de la prostitution, ce qui les priveraient de connaitre la beauté de la sexualité gratuite. Les protéger de la pornographie qui mérite son étymologie: "mise en scène de la prostitution", et qui, en faisant croire que la sexualité serait cette violence, traumatise des générations de jeunes en train d'apprendre leur propre sexualité. Les protéger enfin de grandir dans une société imprégnée de l'esprit de prostitution, où plus rien n'est gratuit et où ce qui devrait relever de l'amour est soumis à la violence. Dans cette perspective, les élucubrations des queers, qui ont mal digéré le concept de genre, ne me font pas peur, même si elles n'aident pas. Dans les milieux féministes dans lesquels je milite, ils sont minoritaires (La preuve en est récemment la victoire à l'assemblée nationale de la loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel. Cette loi est passée seulement grâce aux voies de la gauche. Donc une droite "morale" que j'attendais pour soutenir cette loi a été totalement absente. Du côté de la gauche, il y a eu une opposition farouche à cette loi de la part des libertaires de type Cohn-Bendit. Ils ont remporté effectivement la majorité parmi le groupe EELV, mais de peu. Sinon, ce sont bien les arguments des féministes abolitionnistes qui l'ont emporté.). Par contre, je vois la puissance destructrice de la prostitution et de la pornographie dans notre société, qui prospèrent grâce à la prégnance dans les faits et dans les mentalités des inégalités de genre. Rien de neuf? Beaucoup disent que c'est le plus vieux métier du monde. Non, ce n'est pas un métier dans lequel un être humain peut s'accomplir. C'est la plus ancienne violence du monde. Je relis en permanence mon engagement à la lumière de ma foi, en communauté, à la lumière des Ecritures. Je reconnais en Osée un devancier. Il est le premier dans la Bible à avoir parlé de la relation entre Dieu et l'humanité sous le vocable de l'amour charnel. Or il a eu comme mission prophétique d'épouser une personne prostituée, Gomer. C'est surement parce qu'il a été confronté à la négation la plus radicale de l'amour qu'il a compris de quel amour Dieu nous aime. Il a alors initié la métaphore qui depuis court à travers la Bible, entre prostitution et idolâtrie. Dieu propose une porte de sortie à ces deux enfermements. La Foi contre l'idolâtrie, l'Amour respectueux et réciproque contre la prostitution. Vous aviez raison d'indiquer que le mythe du serpent en Genèse 3 se rapporte à la violence de genre. Pour autant le mythe montre qu'il ne s'agit pas du projet de Dieu pour l'humanité. Notre responsabilité est de répondre à notre vocation, qui est hors de la violence.
Qu'est ce que pour moi le "genre"? Vous l'avez bien défini vous même en introduction: ce qui est attribué aux individus en corrélation à leur sexe, mais qui ne relève d'aucun déterminisme. Utiliser le mot "genre" en français pour décrire cette réalité me parait tout à fait approprié. Comme en grammaire où il y a un arbitraire à dire "LA table" ou "LE chapeau", le genre correspond à un arbitraire culturel. Il ne s'agit pas de nier les différences biologiques. Il s'agit d'autoriser tout individu à développer dans la contingence toutes ses capacités. La contingence nous oblige beaucoup déjà. Ce n'est vraiment pas la peine de se rajouter des impératifs arbitraires et stupides. Quand ces impératifs conduisent à des situations de violence systématique, il devient de notre devoir des les rejeter. Vous accusez l'idéologie du genre de diviser l'humanité entre une dizaine de catégories. En tant que féministe universaliste, ma conviction est que l'humanité est une. Pas même divisée entre femmes et hommes. Chaque individu est différent. Il y a des inégalités. Une vision purement matérialiste conduirait à accepter telle quelle ces inégalités. Reconnaitre ma vie comme relevant d'une vocation me conduit à chercher le moyen de faire en sorte que chacun s'accomplisse dans cette tension qui occupe toute une vie entre s'accueillir tel que l'on est, et dépasser ce que l'on croit être ses déterminismes. Peut être est-ce là le "deviens ce que tu es" aporétique de Saint-Augustin? Pour moi, le concept de genre, dans son acceptation universaliste, ouvre des libertés authentiques et responsables dans ce sens.  

Enfin, vous avez décrit le combat féministe comme "une guerre des sexes". En tant qu'homme engagé dans ce combat je ne le vis pas du tout comme tel. J'ai appris à devenir moi-même, y compris dans ma dimension masculine, en m'engageant pour les droits des femmes, en remettant en cause mes manières de faire et  d'être qui me rendaient complice de la domination masculine (et je n'ai pas l'impression de m'être émasculé d'une quelconque manière que ce soit dans ce processus), et en découvrant à quel point le bonheur de mes proches féminines fait mon bonheur. Le féminisme ne cherche pas la guerre des sexes. Il dénonce une situation d'inégalité et de violence systématique entre femmes et hommes. Ce n'est pas pour la perpétuer d'une autre manière. J'entends bien que nous puissions aboutir à ce résultat par nos maladresses. Et il est bon qu'on nous en avertisse quand c'est le cas. Mais ce n'est pas notre intention. Par contre nier la réalité d'une injustice, c'est se rendre complice de l'injustice. Il n'y a pas de honte à ce qu'il y ait des conflits dans un collectif. Quel couple, quelle famille, quelle association n'est pas traversées par des conflits au cours de son histoire? L'enjeu véritable est de traverser les conflits sans violence, sans nier l'autre, sans chercher à le faire disparaitre pour maintenir le mythe d'une relation sans conflit. A fortiori à l'échelle d'une société, les conflits sont innombrables. Le grand défi est d'apprendre à vivre ces conflits sans violence. Cela passe en premier par les nommer. Quand il y a une victime et un.e agresseur.e, il s'agit de pouvoir discerner qui est victime et qui est agresseur.e, et c'est une question de justice.

Le titre de votre site internet "débattons" et le ton de votre conférence manifestent que vous participez à cette attitude de faire face aux conflits tout en cherchant à les dépasser sans violence, par la raison et le dialogue. Une certaine ambiance s'est installée parmi les opposants au "mariage pour tous" qui me font craindre que ce n'est pas le cas de tous. Vous pourriez évidemment me renvoyer la même crainte à la figure. Comme vous le disiez vous même, certaines personnes qui défendent les mêmes opinions que moi me donnent envie de me donner tort. Je souhaite par ce long message participer à cette volonté farouche de construire une société pacifique, riche de ses diversités, dans la confiance.
Cordialement,
Philippe Gastrein 

lundi 13 janvier 2014

Réponse au questionnaire en vue du synode sur la famille _ plus de discernement par rapport aux situations de violence, plus d'accueil par rapport aux diversités des relations conjugales.


Réponses aux questions du formulaire en ligne publiées par le journal La Croix.
1)      Dans la situation actuelle de crise entre les générations, comment les familles chrétiennes ont-elles su réaliser leur vocation propre de transmission de la foi?

Qu'est ce que la transmission de la foi? Beaucoup de familles confondent transmission d'un corpus rigide de croyances et de valeurs, avec transmission de la foi. La foi chrétienne, foi en la résurrection salvifique de Jésus-Christ, et puis foi comme dynamique de vie, à la fois confiance et fidélité au service de l'amour de son prochain. Les familles qui vivent de cette foi et qui l'accueille, sont des lieux de témoignage qui permettent de transmettre la foi. Les familles qui sont obsédées par la transmission de valeur et de croyance souvent ne sont même pas conscientes de la vraie dimension de la foi. Elles échouent souvent à transmettre les valeurs et les croyances qu'elles considèrent comme si importantes, elles ne témoignent en tout cas pas de la Foi.

2)      Quelles attentions pastorales votre communauté a-t-elle montré pour soutenir le cheminement des couples en formation et des couples en crise?

Personnellement marié avec une femme athée, je me réjouis d'avoir été accueilli par ma paroisse aussi en tant que couple. Nous avons célébré une bénédiction puis une fête conviviale avec les membres de la paroisse en parallèle du mariage civile.
Cependant j'ai été attristé par les inquiétudes de membres de la communauté: "comment peux-tu t'engager en couple avec une athée?" Cette sollicitude mal ajustée me semble être un obstacle pour la vie épanouie des couples qui seront de plus en plus nombreux à être "mixte" selon la conviction religieuse. Cette croyance qu'un bon couple chrétien ne peut que se constituer dans l'uniformité des convictions religieuses me semblent aussi être en contradiction avec les arguments mobilisés contre le "mariage pour tous" selon lesquels le mariage est censé être la rencontre de deux altérités. Comment pouvons-nous prétendre faire la leçon à ceux qui tentent l'aventure d'un couple homosexuel, quand nous n'encourageons pas la constitution de couples qui s'accueillent dans l'altérité des convictions religieuses?!

Spécifiquement à propos du (non) accompagnement des couples homosexuels. Les dangers spirituels qui les guettent sont nombreux. Aussi nombreux que ceux qui guettent les couples hétérosexuels. Une condamnation morale a priori est catastrophique pour ces couples débutants. Ils doivent faire face non seulement aux difficultés que rencontrent tout couple, mais en plus l'absence de soutien familial et communautaire, voire la réprobation et même la condamnation et la mise à part.

3)      Le concubinage avant le mariage est-il une réalité importante dans votre communauté ou votre famille?

Deux réalités sont importantes: "l'expérimentation" de la sexualité avant le mariage et "l'expérimentation" de la vie commune (le concubinage stricot sensu). Même si on peut interroger cette pratique, il s'agit de constater qu'une grande majorité y ont recours pour s'assurer du réalisme d'un engagement avec l'autre.

La perspective des couples qui expérimentent ainsi restent l'engagement.

4)      Existe-t-il des couples qui vivent en union libre sans reconnaissance aucune, ni religieuse, ni civile dans votre communauté ou votre famille?

Oui

5)      Dans tous ces cas, comment les baptisés vivent-ils leur situation irrégulière? En sont-ils conscients? Manifestent-ils simplement de l’indifférence? Se sentent-ils écartés et vivent-ils avec souffrance l’impossibilité de recevoir les sacrements?

La difficulté se retrouve surtout dans les relations intergénérationnelles. Quand des parents ou grand-parents désapprouvent le choix de conjugalité de leur descendant. Le scandale est particulièrement criant quand cela provoque une différence de traitement dans la fratrie (absence de cadeau pour un petit-enfant parce qu'il n'a pas été baptisé, ou rupture de relation avec un enfant parce qu'il vit en "situation irrégulière" _ l'expression même est problématique).

6)      Les divorcés-remariés sont-ils une réalité pastorale importante de votre communauté ? Comment affrontez-vous cette réalité dans la communauté ?

Oui. Personnellement, je les accueille. Je constate une grande souffrance de la part de couple remarié qui ne se considère pas, à juste titre, responsable du divorce. Qu’en est-il des conjoints dont c’est le premier mariage et qui subissent «la condamnation » du divorce de leur conjoint ?
N’y a-t-il pas contradiction pour la religion de la foi en la résurrection de ne pas être en mesure d’envisager qu’un amour peur mourir et être morbide, et surtout de ne pas proposer et soutenir à celles et ceux qui ont traversé une telle mort de vivre à nouveau, d’aimer de nouveau ?
Enfin, scandale que la discipline imposée aux divorcés ne prenne pas en compte la question des violences conjugales. Un conjoint victime de violence de la part de son partenaire doit pouvoir, avant tout autre discussion morale et théologique sur la question générale de l’indissolubilité du mariage, obtenir une annulation de son mariage.

7)      Quelles sont les demandes que les personnes divorcées-remariées adressent à l’Eglise à propos des sacrements de l’Eucharistie et de la réconciliation ? Parmi ces personnes, combien demandent les sacrements ?

Chaque personnes divorcées-remariées est différentes. Beaucoup demandent les sacrements. Surtout beaucoup souhaitent s'engager dans la vie de l'Eglise, catéchèse, responsabilité, etc. Le stigmate d'être divorcés-remariés est particulièrement fort. Alors que nous sommes tous pêcheurs. En quoi un divorcé remarié aurait il à supporté un stigmate plus grave de la part de la communauté qu'un patron qui ne paye pas ses employés? (situation véridique)

8)      La simplification de la pratique canonique pour la reconnaissance de la déclaration de nullité du lien matrimonial pourrait-elle offrir une réelle contribution positive à la solution des problèmes des personnes concernées?

Si le partenaire a été violent, a tenté de détruire la personne physiquement et/ou psychologiquement, nous sommes dans une situation de perversion de l’amour. On ne peut pas demander à la victime de « sauver » son conjoint par l’amour, car il s’agit souvent de l’argument pervers utilisé par le conjoint violent. Il faut au contraire la soutenir pour se libérer de l’emprise, y compris spirituel, dans laquelle on retrouve les mêmes mécanismes que l’emprise de l’idolâtrie.  Il ne faut pas laisser pervertir l’amour. Il y a des manifestations d’attachement qui ne sont pas de l’amour, qui sont du désir d’appropriation. De même qu’il y a des manifestations de sens religieux qui ne sont pas de la foi, mais de l’appropriation du sacré, c’est de l’idolâtrie. Si le mariage est un sacrement, il rejette absolument la perversion de l’amour qui la violence et la soumission d’autrui. Quand cela se produit dans un couple, il y a lieu de constater la nullité du mariage, ce qui peut être une aide spirituelle pour la victime pour se libérer de cet enfermement.

9)      Quelle attention pastorale est-il possible d’avoir envers des personnes qui ont choisi de vivre en couple avec une personne du même sexe?

La même attention qu'à tout couple. Le même accueil aussi. Leur expérience spirituelle de vie de couple a beaucoup à apporter à la vie spirituelle de la communauté. En particulier, la question de la fécondité d'un couple: ne peut-elle s'exprimer qu'à travers l'accueil d'un enfant. Et pourtant, nos communautés ne sont elles pas édifiés par nombre de leur membres qui manifestent que l'on peut mener une vie consacré à l'amour pour autrui, être fécond sans pour autant que cette fécondité soit biologique?

10)   en cas d’unions entre personnes du même sexe qui auraient adopté des enfants quel comportement pastoral tenir en vue de la transmission de la foi ?

Quelles difficultés particulières cela peut-il poser? Le principal obstacle à la transmission de la foi pour les enfants, c'est le contre-témoignage que peut manifester certaines communautés par leur rejet de ces couples homosexuels, par homophobie.

11)  Quelle connaissance concrète avez-vous de la doctrine de l'Eglise (Humanae vitae) sur la parentalité responsable? Et des différentes méthodes de régulation des naissances? Du point de vue pastoral quels approfondissements pourraient être suggérés à ce propos?

J’ai lu et étudié la doctrine de l’Eglise. Je ne comprends toujours pas comment on peut condamner les méthodes de contraception chimiques et physiques tout en encourageant la « méthode des calendriers ». Si l’argument éthique est et reste que l’acte sexuel doit toujours être fait en disponibilité à une fécondation, la méthode des calendriers relève de la même intentionnalité d’organiser un rapport sexuel dans lequel on exclut cette possibilité. De plus le principe morale lui-même, à savoir que la sexualité n’a de justification qu’en tant qu’elle est potentiellement féconde (au sens le plus matérialiste de la fécondité), ne me semble ni traditionnel, ni légitimé par les Ecritures. La lecture de ce lundi 13 janvier 2014 nous donne à la méditation ce langage d’amour d’un époux pour son épouse : « Et moi, est-ce que je ne compte pas à tes yeux plus que dix fils ? »  (1Sa1,1-8). L’expérience érotique dans un couple est un en soi qui se passe de la fécondité biologique. Il s’agit bien évidemment qu’elle soit ouverte. Le grand combat des prophètes contre les cultes de la fertilité et contre la prostitution sacrée sont des combats contre des formes d’amour pervers, où l’on instrumentalise l’autre, où il ne s’agit plus d’une rencontre de l’autre pour l’autre mais d’une utilisation de l’autre pour son plaisir, pour le pouvoir ou pour atteindre une forme de sacré que l’on souhaite maîtriser. Mais pour éviter et prévenir ce risque, l’Eglise catholique risque de commettre une autre erreur : sacraliser le biologique dans la sexualité et la conjugalité, réduire la richesse de la relation d’un couple à sa disponibilité à l’accueil d’un enfant. Non seulement cette attitude provoque une souffrance chez les couples stériles, qui sont pourtant des figures bibliques de l’accueil fécond de la parole de Dieu (couple de personnes âgées, couples stériles pour des raisons biologiques mais aussi psychologiques, couple homosexuel, etc.). Mais aussi elle n’aide pas forcément les couples avec enfants à vivre toute la richesse potentielle de leur relation conjugale.

 D’un point de vue pastorale, cesser un discours normatif et moralisateur. L’amour est multiforme, il est comme le vent de l’Esprit, on ne sait d’où il vient ni où il va. L’Eglise a la grande mission de l’accueillir. Elle doit continuer à mener un travail de discernement, bien sûr. Mais un critère de discernement clef à mettre en avant, en priorité sur l’obsession de la bienséance sexuelle, matrimoniale et patrimoniale, c’est la question de la violence. Il faut donc prendre position sur la question de la prostitution. Pourquoi Osée a épousé une personne prostituée ? En quoi ce geste est prophétique ? Qu’est ce qu’il nous dit du mariage, du mariage sacrement de l’amour de Dieu pour l’humanité ? Concrètement, il s’agit de lutter contre la prostitution, promouvoir son abolition dans la société, tout en accueillant les personnes prostituées,  « premières dans le royaume ».  Et n’y a-t-il pas de la prostitution dans les mariages « bien sous tout rapport » formel ? Ne continue t-il pas à se célébrer des mariages pour des raisons d’argent, de patrimoine, de reproduction sociale ? Que disons-nous sur la violence à l’intérieur des couples ? Renvoyons-nous les deux partenaires dos-à-dos avec un « chacun porte sa part de responsabilité », ou bien aidons-nous ces couples, et chacun des conjoints, à une travail de discernement : « ce que vous vivez reste-t-il de  l’amour ? la destruction que l’un inflige sur l’autre, ou l’autodestruction que vous vous faîtes subir n’est-elle pas si profonde qu’il vaudrait mieux vous encourager à vous séparer, et à constater la nullité de votre mariage ? ».

La question de l’avortement doit aussi être affrontée en dehors d’une accusation pure et simple. Car quand elle se pose pour les femmes, ce n’est jamais dans une situation simple ni pure. Il faut admettre le constat que la dépénalisation de l’avortement a partout fait diminuer le nombre d’avortement, avec un gain énorme sur la santé des femmes qui y ont eu recours. La première manière de faire diminuer le nombre d’avortement, c’est l’information sur des moyens de contraception réalistes. Ensuite, il s’agit aussi que les hommes soient responsabilisés vis-à-vis des conséquences d’une relation sexuelle. Pour cela il faut encore et toujours promouvoir l’égalité entre femmes et hommes qui n’est aujourd’hui nulle part acquise, et l’on constate plutôt des régressions. On constate, en particulier en France, la persistance des inégalités économiques entre femmes et hommes. La pastorale a aussi un rôle à jouer sur ces questions, par l’exemplarité de la répartition des tâches pastorales selon des critères de compétences et de vocation personnelles.  

Si nous voulons transmettre la Foi à nous enfants, vivons la Foi, accueillons les dans la Foi. L’amour qui peut se vivre dans un couple est sujet de Foi. Il peut être à « l’image et la ressemblance de Dieu », de l’amour de Dieu pour l’humanité. C’est, il me semble, la principale raison pour laquelle le mariage est un sacrement. Le travail de discernement, de prévention, voire de condamnation, qui incombe à l’Eglise, ne peut se faire qu’après le travail d’accueil bienveillant et de bénédiction des amours humaines, sans a priori. « Jamais en Israël je n’ai vu une Foi aussi grande ! ». De combien de couple autour de nous, hors de l’Eglise, indifférents ou même hostile à l’Eglise, nous pouvons néanmoins dire « jamais dans l’Eglise je n’ai vu d’amour aussi grand et beau ! » ?

vendredi 3 janvier 2014

Prier "notre Père" nous apprend à être père au féminin comme au masculin.


« Notre père qui es aux cieux »

Nommer Dieu « notre père » peut sembler être l'aspect le plus difficile à accepter dans une perspective féministe. Pour celles-et-ceux qui considèrent que le christianisme est depuis toujours un support du patriarcat, la preuve la plus manifeste est là. De même pour celles-et-ceux qui, dans l'Eglise, sont persuadés que leur foi les conduit à penser qu'il y aurait des natures féminines et masculines absolument différentes et ordonnées l'une à l'autre. Les unës et les autres sont d'accord pour penser que la paternité est forcément lié au sexe masculin.

Mais faisons d'abord un pas de côté par rapport à la question de genre, et revenons sur des considérations théologiques. Nous verrons ensuite comment se poser la question du genre peut aider à progresser en théologie, c'est à dire à progresser dans le discours que nous avons sur et avec Dieu.
Nommer Dieu « notre père », c'est toute une théologie. C'est refuser de le désigner par un mot théorique comme « théos », ou par un nom mythique comme « Zeus » ou « yahvé ». C'est le nommer par une expérience humaine : être père, être fillsse d'un père. C'est le nommer par une relation humaine universelle.

Alors nous pouvons revenir à la question du genre. Du point de vue de l'enfant, toutte humain a fait l'expérience d'avoir un père. L'expérience a pu être malheureuse, et même scandaleuse. Nombre de pères ont absolument perverti la paternité. C'est une autre question que pose le « notre père » : sachant qu'évidemment aucun père humain n'est père comme il faut, mais surtout que tant le sont de manière perverse, défigurant la paternité, comment Jésus peut oser prendre le risque de nous faire connaître Dieu comme un père ? C'est le risque de l'incarnation. Toujours est-il que toutte humain a connu un père. Et même si ellil n'a pas connu son père biologique, ellil a été adopté d'une manière ou d'une autre pour advenir à l'humanité. Et si l'on y pense bien, chacunë d'entre nous à pu avoir plusieurs pères : un père spirituel, pour décrire la relation entre un doctorant et son directeur de thèse les allemands nomment ce dernier « Doktorvater », etc. Et si l'on revient sur le père que l'on dit biologique, en fait, jusqu'à la découverte du test génétique, c'est à dire très récemment, il y a toujours eu doute sur le lien biologique entre un père et saön fillsse. Pour les mères, l'accouchement donne une certitude évidente de leur lien biologique avec l'enfant. Pour les pères, il s'agit toujours d'une adoption : accueillir l'enfant comme unë fillsse. Cet accueil permet aussi une liberté. L'enfant peut toujours mettre en doute la paternité. De même nommer Dieu père, et non pas mère, c'est indiquer qu'il est nécessaire qu'il y ait une reconnaissance. En général dans les situations humaines, c'est au père de faire la démarche de reconnaissance. Dans la relation à Dieu, c'est à laë fillsse de reconnaître ce père qui est au ciel.
L'expérience de la maternité est une expérience que seule les femmes peuvent vivre. C'est peut être la seule dissymétrie absolue entre femmes et hommes. Mais la réciproque n'est pas vraie. L'expérience de la paternité n'est pas reservée qu'aux hommes. Si la relation de paternité, c'est la relation d'engendrement, qui consiste à accueillir unë nouvell être, à laë faire advenir à l'humanité, à l'éduquer à la liberté, jusqu'à la liberté radicale de pouvoir ou non reconnaître saön père, alors cette expérience-là, les femmes peuvent la vivre. Et il vaudrait mieux que les mères soient de bons pères, et qu'elles ne restent pas dans une relation de possession ou de fusion vis-à-vis de leur rejeton. Nous avons d'ailleurs dans la Bible un exemple admirable de mère père. La prostituée qui, devant le jugement de Salomon, préfère voir son fils vivre, quitte à ce que son éducation soit confiée à celle qui comptait le lui voler, agit comme un vrai père. Et nous voyons autour de nous qu'évidemment les mères se comportent en père. De manière bancale, comme les hommes, avec des difficultés propres liées au fait qu'elles sont aussi mères, mais qui font le pendant des difficultés d'être père quand on est homme avec l'impossibilité absolue d'être mère.

Nommer Dieu « notre père », c'est, d'un point de vue théologique, découvrir Dieu à travers une expérience absolument universelle. Car toutses, nous avons un père, et souvent plusieurs. Car toutses, aussi, nous pouvons être père, par l'état civil et par une très forte présomption de filiation biologique, mais aussi de manière spirituelle, à telle ou telle occasion. Chaque fois que nous adoptons un autre de manière inconditionnelle, que nous l'accueillons avec la volonté de laë voir vivre, que nous lui donnons un nom qui l'inclut dans l'humanité, alors nous nous comportons comme un père. Et, que nous le reconnaissions ou pas, nous avons tous unë tell père au ciel.

Car il est évident que Dieu n'est pas que masculin. Dès la genèse, la tradition biblique est claire avec cette question, puisque c'est en tant que femme et homme que l'humain est à l'image de Dieu. Alors, plutôt que de nous faire oublier que Dieu est autant féminin que masculin, le fait de Laë nommer « père » devrait nous convertir à réaliser que cette expérience d'être père n'est pas proprement masculine. C'est une expérience universelle à l'humanité qui nous rend à l'image de Dieu.

mardi 31 décembre 2013

AVORTEMENT, POSITION DE L’AUTRE PAROLE

Texte publié le 18 août 2013.
http://www.lautreparole.org/revues/137

"Des groupes religieux, sociaux ou politiques conservateurs participent activement à une offensive an-ti-choix sur le plan mondial. Le Vatican et des groupes catholiques prennent part à cette offensive. Leur action a un impact au Canada et à la Chambre des communes. Dans ce contexte, nous, membres de la collective L’autre Parole, pensons qu’il est important de prendre la parole comme féministes et comme chrétiennes. Nous affirmons que c’est une déformation du christianisme de penser qu’il com-mande une position anti-choix.

Nous soutenons une position « pour la vie et pour le choix ».

1. Nous sommes « pour la vie » 

1.1 Cette vie, don divin, est présente en tout être vivant dans la nature. Un utérus vide est encore un utérus vivant puisqu’il est formé de millions de cellules où circule le flux de la vie et qu’il appartient à une femme, qui est bien vivante, elle aussi. La vie se transforme, mais c’est toujours la vie. Elle cir-cule partout, elle ne vient pas d’une décision d’en haut. Il y a de la vie et de la mort dans la vie. Dieue3 se donne, présente, en chaque forme de vie.

1.2 Nous sommes conscientes que l’interruption volontaire de grossesse met en question la vie d’un être humain en devenir. Dans une vision écoféministe de l’interdépendance de toutes les formes de vie, notre respect et notre amour de la vie demeurent intimement liés à notre profond respect et à notre solidarité avec les femmes qui font face à la décision d’interrompre leur grossesse.

2. Nous sommes « pour le choix »

2.1 Nous avons confiance dans la capacité de choix des femmes. Elles sont des sujets, responsables, capables de se positionner sur cette question éthique et politique. Le choix ultime leur revient. Notre position part de l’expérience et de la vie de chacune de ces femmes aux prises avec cette décision toujours difficile et parfois déchirante. Notre position part du coeur et du corps des femmes dont la santé et l’intégrité doivent être protégées.
2.2 En cela, nous nous inspirons de la pratique et de l’amour infini que Jésus a manifesté tout au cours de sa vie. De fait, le Nazaréen a toujours accueilli les personnes, hommes ou femmes, telles qu’elles étaient, avec leur complexité d’êtres humains. Pour lui, chaque individu était digne et libre.

3. Nous sommes pour une vie durable et pour un choix durable

3.1 Nous nous inspirons d’une vision écologique et durable de la vie. Entre le choix de faire naître et celui de ne pas faire naître, nous privilégions le plus « durable » : celui qui permet de faire naître d’autres choix, celui qui n’enfermera pas dans une situation intenable de détresse psychologique, de carences en éducation ou de précarité économique. Nous privilégions le choix qui ouvre les portes à d’autres possibles au lieu de condamner.
3.2 Nous souhaitons une éducation pour une responsabilisation des hommes à l’égard de leur fertilité.
3.3 Pour nous, respecter la vie, c’est d’abord respecter celle qui existe déjà : celle des femmes elles-mêmes. La vie est complexe. C’est pourquoi nous acceptons que les femmes, en choisissant souvent la « moins mauvaise » des solutions, puissent faire des choix ambigus, des choix imparfaits et même er-ronés. Très souvent, elles sont en zone grise : ainsi va la vie réelle, celle d’êtres humains et non de doctrines pures et vertueuses. Nous répétons aujourd’hui le cri lancé par L’autre Parole en 1982 : « La vie des femmes n’est pas un principe! »
3.4 Pour que le choix soit possible, nous pensons qu’il faut mettre à la disposition des femmes les ser-vices nécessaires pour qu’elles puissent exercer ce choix en tout respect et en toute connaissance de cause. Le mouvement féministe a conquis de haute lutte la possibilité de mettre en place des services d’interruption volontaire de grossesse qui soient sécuritaires et disponibles dans toutes les régions du Québec. Il reste encore du travail à accomplir, tant au niveau de l’accessibilité des services qu’au niveau de la recherche permettant de mieux comprendre le phénomène.
3.5 Nous sommes persuadées que ce droit acquis est toujours à défendre. Il n’est pas temps de reculer, mais de poursuivre notre lutte pour de meilleures conditions de vie des femmes. Nous nous situons en solidarité avec les femmes qui luttent partout dans le monde pour l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, « pour la vie et pour le choix ».

Notes:
1. L’autre Parole est une collective de femmes féministes et chrétiennes, fondée au Québec en 1976. (www.lautreparole.org)
2. La position de la collective sur l’avortement a été adoptée lors de l’assemblée générale du 18 août 2013. Pour le contexte, voir L’autre Parole, no 137, www.lautreparole.org
3. La Dieue avec un e, c’est la manière dont L’autre Parole la nomme dans une perspective féministe.
L’autre Parole, Numéro 137 Automne 2013 13

jeudi 29 août 2013

L'Eglise, la "chaste pute", doit se convertir à la foi des personnes prostituées, et lutter contre l'idolâtrie de la prostitution.


L’Église, casta meretrix, a une vocation particulière vis à vis de la prostitution:
  • accueil des personnes prostituées comme des frères et sœurs qui bien souvent nous précèdent dans la foi, 
  • et combat contre les logiques de la prostitution qui pervertissent la foi et l'amour dans leurs fondements les plus intimes en chaque individu et à travers la société.

Tamar, ancêtre de Joseph, le père adoptif de Jésus-Christ, a subi l'injustice et la violence des hommes, Er, puis Onan, puis Juda. Elle s'est finalement « déguisée » en prostituée pour obtenir un enfant de Juda. Sa résistance à l'égoïsme mâle des hommes pour la vie a été justifiée. Aujourd'hui toujours la prostitution est matériellement liée aux inégalités entre femmes et hommes, à la pauvreté, aux inégalités entre Nord et Sud et aux violences que se permettent plus facilement les hommes sur les femmes et les enfants : 80% des personnes prostituées ont été victimes de violence et d'abus dans l'enfance. Aujourd'hui encore, elles manifestent une force de vie, une soif d'amour vrai que l’Église a le devoir de justifier : accueillir les survivantes de la prostitution, leur donner la parole.

Rahab, autre ancêtre de Joseph, a permis la victoire de Josué sur Jéricho et la réalisation de la promesse faite au peuple libéré d’Égypte d'entrer sur la Terre. Sa participation à la réalisation du Salut s'accompagne d'une profession de Foi. En cette année de la Foi, n'est-ce pas l'occasion de se convertir, de tourner notre regard vers celles que Jésus avait montrer en exemple aux prêtres qui l'interrogeaient, vers les personnes prostituées qui ont cru en la prédication du Baptiste, qui aujourd'hui croient en un monde de justice et d'amour vrai ?

Osée a épousé une « femme de prostitution » pour montrer de quel amour Dieu aime l'humanité. Se faisant, une sorte d'équation est posée pour comprendre comme l'humanité reflète l'amour de Dieu, mais aussi comment elle peut le trahir : Amour entre époux et épouse = Foi ; Prostitution = Idolâtrie ; Amour « vrai » ≠ Prostitution ; Foi ≠ Idolâtrie. La négation de l'amour que vivent au quotidien les personnes prostituées leur font aspirer au vrai amour, à une vraie foi. J'ai rencontré une jeune femme, K, albanaise victime de la traite, qui nous a témoigné n'avoir jamais cessé de mettre sa confiance dans le Seigneur, là où personnellement, à la seule audition de son récit, j'aurais douté cent fois de Sa justice. Oui, elles peuvent être nos maîtresses-enseignantes dans la Foi.

Cependant le mariage formel n'est pas en soi une antidote contre la prostitution. Osée supplie et promet à sa femme : « Et il adviendra en ce jour _ oracle du Seigneur _ que tu m'appelleras « mon époux » et tu ne m'appelleras plus « mon Baal », mon maître ». Les relations de dominations et de violence peuvent facilement s'infiltrer dans un couple, d'autant plus quand la prostitution concrète rode dans le contexte social. Je le constate cruellement dans ma propre expérience d'époux. Il me semble sous ce jour-là que, si le mariage est sacrement, c'est qu'il est radicalement contre toutes logiques prostitutionnelles. A la suite de Saint-Augustin, l’Église doit affirmer aux hommes qui sont tentés d'être client de la prostitution, et ainsi se faire complices de tous les trafics qui y sont liés : « N'y allez pas ! » (17ème sermon, pour la fête des Macchabées). Il faudrait aider un discernement spirituel chez les épouses et les époux, et chez les fiancéés, pour les aider à lutter au quotidien dans le couple contre toutes ces petites et grandes violences qui relèvent et participent des mêmes logiques que ce qu'on retrouve dans la prostitution : relations sexuelles où l'un consent à l'autre sans désir, inégalités économiques et dépendances affectives, humiliations, etc. En somme, que les époux chrétiens ne deviennent pas l'un pour l'autre des Baals.

Nombreux sont les chrétiens, et les femmes et hommes de bonne volonté, qui s'engagent auprès des personnes prostituées, et qui, de multiples manières, œuvrent à un monde sans prostitution. Pourtant cet enjeu ne semble être considéré comme central ni par la majorité des fidèles, ni par le magistère. Alors que par ma propre expérience, je peux témoigner qu'aller à la rencontre des personnes prostituées, faire face au système prostitueur, c'est une voie privilégiée pour aller « aux périphéries » de l’Église et de la société tout en progressant dans le cœur de la foi. C'est pourquoi je crois que l’Église rencontre aujourd'hui un temps opportun pour retrouver cette vocation à s'identifier aux personnes prostituées tout en luttant pied à pied contre la prostitution et l'idolâtrie, à être la chaste pute, casta meretrix.